Lors de ce cours d’introduction à l’IA générative et au prompting, j’ai expérimenté une modalité de transmission légèrement différente de celles que j’utilise habituellement. En complément du cours magistral, j’ai mis à disposition des étudiants un résumé audio, un résumé vidéo, ainsi qu’un dispositif de questions-réponses basé sur un RAG, construit à partir des supports et des contenus de la séance.
L’objectif n’était pas d’ajouter des outils, mais d’observer ce que ces médiations supplémentaires produisent sur la situation pédagogique elle-même.
Le cours en présentiel conserve sa fonction classique : poser un cadre, introduire des notions, rythmer la progression et rendre visibles certaines articulations conceptuelles. Mais l’existence de résumés automatisés modifie subtilement son statut. Le cours n’est plus le lieu exclusif de l’accès au contenu, mais un moment parmi d’autres dans un dispositif élargi. Ce déplacement réduit la pression de l’exhaustivité et transforme le temps de présence en espace d’explication, d’insistance et de mise en perspective.
Les résumés audio et vidéo jouent ici un rôle ambivalent. D’un côté, ils stabilisent le contenu : ils figent une version synthétique de la séance, accessible après coup. De l’autre, ils introduisent une forme de distance. Le cours peut être réécouté sans le corps, sans l’interaction, sans les ajustements contextuels. Cette dissociation rend visible ce qui relève du contenu formalisable et ce qui relève de la situation pédagogique elle-même.
Le dispositif de RAG introduit un déplacement plus profond encore. En permettant aux étudiants de poser des questions pendant ou après le cours, à partir d’un corpus restreint et contextualisé, il transforme la relation à la compréhension. La question n’est plus seulement adressée à l’enseignant, mais à un système construit à partir du cours. La médiation n’est plus uniquement humaine : elle devient documentaire et algorithmique.

À qui l’étudiant pose-t-il désormais sa question : à l’enseignant ou au dispositif ?
Ce glissement a plusieurs effets. Il favorise une forme d’autonomie, mais aussi une externalisation de la clarification. La question peut être posée sans exposition publique, sans temporalité imposée, sans interaction directe. En retour, l’enseignant change de rôle : il n’est plus seulement celui qui répond, mais celui qui conçoit le cadre dans lequel les réponses deviennent possibles.
Ce type de dispositif rend particulièrement visibles les enjeux de formalisation. Pour que le RAG fonctionne, le contenu doit être structuré, explicite, relativement cohérent. Les zones floues, implicites ou contextuelles deviennent difficiles à interroger. L’automatisation agit alors comme un révélateur : elle met en évidence ce qui a été suffisamment formalisé pour circuler, et ce qui reste attaché à la présence, à l’oralité ou à l’improvisation pédagogique.
Cette expérience ne constitue ni un modèle, ni une solution pédagogique. Elle ouvre plutôt une série de questions. Que devient l’enseignement lorsque les supports, les résumés et les systèmes de questions-réponses coexistent avec le cours ? Comment se redéfinit l’autorité de l’enseignant lorsque la clarification passe par une médiation algorithmique ? Et que signifie “comprendre” lorsqu’une partie de l’interaction est déléguée à un système construit à partir des contenus enseignés ?
Cette note ne vise pas à trancher ces questions, mais à les poser. Elle s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’enseignement comme terrain d’observation des transformations contemporaines de la transmission, de la formalisation et de la reconnaissance des savoirs.